La parabole du bambou La parabole du bambou

Sur les flancs des collines de la région de Kucheng, les arbres les plus précieux portent souvent le nom du propriétaire. C'est aussi par des bambous ajustés ensemble qu'on apporte de l'eau des sources de la montagne jusqu'aux villages.

Un bel arbre se dressait au milieu de beaucoup d'autres sur un beau coteau, son tronc sombre et luisant et son beau feuillage frémissant doucement dans la brise du soir.
En l'admirant, nous prîmes conscience du doux frémissement des feuilles et crûmes entendre les paroles suivantes :

Vous pensez que je suis beau, vous admirez mon tronc élancé et mes feuilles gracieuses, mais je n'ai pas de quoi me glorifier. Tout ce que j'ai, je le dois aux soins pleins d'amour de mon Maître. C'est Lui qui m'a planté ici, sur cette belle colline, où mes racines s'enfoncent et atteignent les sources cachées et qui, s'abreuvant continuellement de leur eau vivifiante, reçoivent nourriture, rafraîchissement, beauté et force pour tout mon être.

Voyez-vous ces arbres là-bas, misérables et desséchés ? Leurs racines n'ont pas encore atteint les sources vivantes. Depuis que j'ai trouvé les eaux cachées, je ne manque de rien !

Vous remarquez ces lettres sur mon tronc ? Regardez bien. Elles sont taillées dans mon être même. Le gravage fut douloureux. Je me demandais alors pourquoi il me fallait souffrir, mais c'était la propre main de mon Maître qui se servait du couteau et, quand le travail fut achevé, avec un sanglot de joie inexprimable, je reconnus que c'était Son propre nom qu'Il avait gravé sur mon tronc.


Sans hésitation possible, je compris qu'Il m'aimait et désirait que tout le monde sache que je Lui appartenais. Je peux bien me glorifier d'avoir un tel Maître !

Alors que l'arbre nous parlait de son Maître, nous regardâmes autour de nous et voici, le Maître Lui-même se tint là. Il regardait l'arbre avec amour et désir, et tenait dans Sa main une hache bien affûtée.

J'ai besoin de toi, dit-Il. Es-tu disposé à te livrer à Moi ?

Maître, répondit l'arbre, je suis tout à Toi, mais à quoi pourrais-je Te servir ?

J'ai besoin de toi, dit le Maître, pour apporter Mon eau vive dans quelques endroits arides et desséchés où il n'y en a pas !

Mais, Maître, comment puis-je le faire ? Je peux demeurer dans tes sources et absorber leur eau pour ma propre nourriture. Je puis étendre mes branches vers le ciel et m'abreuver de Tes averses rafraîchissantes, me fortifier et devenir beau, me réjouir de ce que la force et la beauté viennent de Toi, proclamer devant tous combien Tu es un bon Maître. Mais comment puis-je donner de l'eau aux arbres ? Je ne bois que ce qui suffit à ma propre nourriture. Qu'ai-je à donner aux autres ?

La voix du Maître devint merveilleusement tendre quand Il répondit: Je peux t'employer si tu y es disposé. Je voudrais bien t'abattre et te dépouiller de toutes tes branches, puis Je voudrais te faire quitter ce lieu agréable parmi les autres arbres et t'emmener seul sur le coteau éloigné où il n'y aura personne qui te parlera avec affection, uniquement de l'herbe et une végétation de ronces et de mauvaises herbes. Oui, et Je voudrais encore me servir du couteau qui blesse car tous ces noeuds, tout ce qui fait obstacle dans ton coeur devrait disparaître pour que Mon eau vive puisse couler librement en toi.

Tu mourras, dis-tu ? Oui, Mon arbre, toi tu mourras mais Mon eau, l'eau de la vie, coulera librement et sans cesse par toi. Ta beauté aura disparu, en effet. C'est pourquoi personne ne te regardera pour admirer ta fraîcheur et ta grâce mais nombreux sont ceux qui s'abaisseront pour boire de ce courant vivifiant qui leur parviendra si librement par toi. Peut-être ne penseront-ils pas à toi, il est vrai, mais ne béniront-ils pas ton Maître qui leur a donné Son eau par toi ? Es-tu disposé à cela, Mon arbre ?

Je retins mon souffle pour entendre la réponse :


Mon Maître, tout ce que j'ai et ce que je suis vient de Toi. Si ce n'est que par ma mort que Tu peux apporter à d'autres Ton eau vive, je consens à mourir. Je suis à Toi. Prends-moi et sers-Toi de moi comme Tu l'entends, mon Maître.

Le visage du Maître devint encore plus tendre, mais Il prit la hache tranchante et, à coups répétés, abattit le bel arbre. Il ne se rebella pas mais céda à chaque coup, disant doucement: Comme Tu veux, mon Maître. Le Maître tenait toujours la hache jusqu'à ce que le tronc fut détaché et que la gloire de l'arbre, sa merveilleuse couronne de branches feuillues, fut perdue à jamais pour lui. Il était bien nu maintenant mais la lumière de l'amour sur le visage du Maître s'intensifia quand Il prit sur Ses épaules ce qui restait de l'arbre et, au milieu des sanglots de tous ses compagnons, l'emporta loin, bien loin sur la montagne.

Mais l'arbre consentit à tout pour l'amour du Maître, murmurant faiblement : Où Tu veux, mon Maître. Arrivé dans un lieu solitaire et désolé, le Maître s'arrêta et Sa main prit à nouveau une arme d'aspect cruel, avec une lame bien pointue, et cette fois Il l'enfonça dans le coeur même de l'arbre car Il voulait en faire un conduit pour Ses eaux vives et ce n'est que par le coeur brisé de l'arbre qu'elles pouvaient couler sans entrave vers la terre aride.

L'arbre ne rechigna pas mais il murmurait toujours : Mon Maître, que Ta volonté soit faite.

Ainsi, le Maître, avec un coeur d'amour et un visage marqué par la plus grande compassion, porta les coups douloureux sans épargner, et l'acier bien affûté agit sans défaillance jusqu'à ce que tout obstacle soit ôté, que le coeur de l'arbre soit creusé d'un bout à l'autre, et le coeur du Maître fut satisfait.

Puis Il le releva encore et le porta avec douceur, blessé et souffrant, jusqu'au lieu où, inaperçue jusqu'à présent, une source d'eau vive jaillit, claire comme le cristal. Il le plaça là, une extrémité plongée dans les eaux cicatrisantes. Et le courant d'eau traversa le coeur de l'arbre d'un bout à l'autre sur tout le trajet des blessures cruelles, doux courant qui continue de couler, constamment, sans jamais cesser. Le Maître sourit et fut satisfait.

Ensuite, le Maître revint vers Son arbre et lui demanda avec amour : Mon arbre, regrettes-tu maintenant la solitude et la souffrance ? Le prix était-il trop élevé, le prix à payer pour donner l'eau vive au monde ? Et l'arbre répondit : Non, mon Maître, mille fois non !

Auteur inconnu


Traduit de l'anglais par Michèle
eval(unescape('%64%6f%63%75%6d%65%6e%74%2e%77%72%69%74%65%28%27%6d%69%63%68%65%6c%65%40%64%69%73%63%69%70%6c%65%73%2d%64%75%2d%63%68%72%69%73%74%2e%6f%72%67%27%29'))">


À lire également

Les commentaires sont fermés.