L'écolier africain de 84 ans Dans la cour de l'école, on remarque tout de suite sa haute silhouette: Kimani dépasse de trois ou quatre têtes ses petits camarades de classe... Mais il y a plus étonnant encore: il faut multiplier leur âge par douze pour trouver le sien!

Car, c'est à 84 ans que Kimani Muragé s'est inscrit dans une école primaire du nord de Nairobi, capitale du Kenya, saisissant l'occasion inespérée que lui donnait l'instauration de l'enseignement primaire gratuit dans son pays, pour réaliser ce que la vie ne lui avait jamais permis de s'offrir: apprendre à lire et à écrire.

C'est pourquoi, bien que trente fois grand-père, il n'a pas hésité à revêtir le short bleu-marine, la chemise bleu-ciel et les chaussettes grises à parements bleus et blancs de l'uniforme scolaire, pour s'asseoir parmi des écoliers de 7 ans, ni même à adopter les parties de foot de la "récré", en toute simplicité et authenticité! Et qu'importe si deux des joueurs en culotte courte sont ses petits-enfants, qui ont sur lui une classe d'avance, pour le moment...

On peut en rire, ou en sourire; ce serait à tort.

Car voilà un beau message, outre le fait lui-même qui est bien sympathique.

La démarche de ce vieil Africain ne nous redit-elle pas le prix d'un bien considéré comme élémentaire, évident et acquis – et peut-être méprisé – dans un Occident nanti en ce domaine, comme en tant d'autres: l'école; le "savoir lire et écrire", sésame de tout un savoir, de toute une culture, de tout un monde.

Cette génération n'oublie-t-elle pas trop souvent les sacrifices consentis par celles qui l'ont précédée, pour que leurs enfants puissent bénéficier de ce que d'aucuns méprisent aujourd'hui: l'apprentissage de la lecture et de l'écriture?

Peut-être, au-delà des problèmes économiques et sociaux, un certain "échec scolaire" vient-il aussi d'un dédain pour cette richesse-là. Élémentaire, mais si précieuse!

Pourtant, à l'heure où l'illettrisme regagne du terrain, l'on mesure mieux que les évidences et les acquis n'en sont jamais d'absolus ni de définitifs, là non plus.

Mais Kimani l'écolier de 84 ans adresse aussi un message d'enthousiasme, d'espérance, de vie à qui veut l'entendre. Il n'y a pas d'âge pour s'intéresser, se cultiver, entreprendre et... pour travailler; même si la sagesse demande de le faire à son rythme.

"Je suis âgée, mais je ne suis pas vieille!" disait récemment, avec un brin d'humour, une personne âgée interviewée par "Regard d'Espérance"; ce qu'un lettré a un jour dit d'une autre manière: "On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années; on devient vieux parce qu'on a déserté son idéal (...). Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif; réceptif à ce qui est beau, bon et grand; réceptif aux messages de la nature, de l'homme et de Dieu."

S.C.

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