Les ravages du Cristal meth

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Imaginez une drogue qui vous transforme en bombe sexuelle, vous fait perdre du poids, vous stimule, qui ne coûte presque rien et dont les effets durent longtemps. Un paradis? Non. Plutôt un enfer.
Le cristal meth se répand comme une traînée de poudre aux États-Unis et sand l’Ouest du Canada depuis quelques années.

D’abord limitée à la côte Ouest et au Mid-West américain, la consommation de crystal a atteint récemment des villes de la côte Est: Miami, Chicago, New York. Au Canada, depuis deux ans, les villes de Vancouver et d’Edmonton, notamment, sont aux prises avec un problème grandissant de dépendance au cristal meth. On s’attend à ce que Montréal suive la tendance, tôt ou tard.

Car le cristal provoque une forte dépendance, rapidement.

«Moi, j’ai commencé à en consommer de façon récréative occasionnellement, les week-ends», raconte Will H., un ex-utilisateur dépendant, joint par le Journal en Californie.

«Puis, j’ai commencé à en consommer pendant des périodes plus longues. Les périodes pendant lesquelles j’étais sobre devenaient de plus en plus courtes. Finalement, j’en prenais pratiquement tous les jours», ajoute-t-il. Tout ça en l’espace de quelques mois.

Le Journal of Addictive Diseases, publié aux États-Unis, soutient que la consommation de cristal a atteint des proportions «épidémiques» dans plusieurs États américains.

À New York, la première rencontre des Cristal Meth Anonymus (CMA) – un groupe d’entraide fonctionnant comme les Alcooliques anonymes – a eu lieu il y a quatre ans. Ils étaient cinq. Aujourd’hui, le groupe CMA de New York organise une dizaine de rencontres par semaine et attire jusqu’à 70 membres par rencontre.

À Vancouver, les autorités ont mis sur pied un comité pour étudier et tenter de contrer la hausse de consommation du cristal meth.

«Au centre-ville, des médecins et des travailleurs sociaux constatent de plus en plus de problèmes reliés aux méthamphétamines», note le Dr Jane Buxton, présidente du Comité de lutte aux méthamphétamines.

Des motards aux gais

Conçues dans les années 1970, les méthamphétamines ont d’abord été la drogue des motards californiens qui l’utilisaient pour rester éveillés pendant leurs longs voyages. C’était le speed ou le crank, souvent vendu en petites pilules.

La forme plus pure, appelée cristal meth, est apparue ensuite et pouvait être fumée ou aspirée par le nez.

La drogue s’est trouvé une clientèle étrange, surtout dans le Mid-West américain: des femmes, souvent monoparentales et pauvres. Elles l’utilisent non seulement comme antidépresseur, mais aussi comme stimulant pour effectuer les tâches ménagères!

«Et le cristal provoque des pertes de poids rapides. On peut perdre 20 livres en un seul mois. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces femmes l’utilisent», explique Will H.

L’explosion de la consommation de cristal a eu lieu dans les années 1990, en Californie, particulièrement dans le milieu homosexuel, pour qui le crystal meth est souvent associé directement au comportement sexuel.

Montréal se prépare à affronter ce fléau

Le cristal meth n’a pas encore atteint le marché montréalais. Mais c’est une question de temps. Les groupes de lutte contre le sida se préparent à affronter cette nouvelle menace.

«Ça nous inquiète dans la mesure où c’est un phénomène qui prend de plus en plus d’importance. On ne trouve pas beaucoup de cristal meth à Montréal, mais est-ce que c’est une bombe à retardement? On ne le sait pas», a indiqué Robert Rousseau, directeur général de Séro-Zéro, organisme montréalais de prévention du sida.

Des devoirs à faire

Selon M. Rousseau, il est difficile d’empêcher les gens de consommer une drogue. «Lorsque la consommation de drogue récréative a un impact sur la prise de risque dans le comportement sexuel, on essaie d’amener les gens à gérer leur consommation», dit-il.

Marie-Claude Lebrun, directrice du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) de Montréal, admet que les organismes montréalais devront se préparer.

«Nous, on a nos devoirs à faire. Il va falloir qu’on aille chercher plus d’informations. On va demander aux gens s’ils ont entendu parler du cristal, sinon, on devra informer les gens des dangers de cette drogue-là. Parce que lorsqu’elle arrivera, ce ne sera plus vraiment le temps de prévenir», explique la directrice du GRIP, qui travaille depuis près de sept ans dans les raves montréalais.

L’ecstasy règne encore

À Montréal, c’est encore l’ecstasy (MDMA) qui a la cote chez les adeptes des soirées rave. Les policiers ont saisi très peu de cristal-meth au Québec.

«On me dit qu’il y en a à Montréal, mais que c’est une drogue utilisée surtout par les Américains qui viennent assister à des événements qui attirent une clientèle internationale, comme le Black and Blue et le Hot and Dry», souligne Yves Lafontaine, rédacteur en chef du magazine gai montréalais Fugues.

Mais c’est une question de temps avant que le cristal frappe ici, croit Robert Rousseau. «Ici à Montréal, on est toujours en retard sur les États-Unis, mais ça finit toujours par arriver. On parle de quelques mois, quelques années», dit-il.

La consommation de cristal meth est intimement liée au sexe. Et on ne parle pas ici de sexe protégé.

«Le cristal meth était directement relié à ma sexualité», admet Will H., qui a été dépendant du cristal pendant plusieurs années. «Le focus entier de ma vie était devenu la recherche de drogue et de relations sexuelles. On finit par oublier tout le reste.» Dans le milieu des raves et des partys gais, le cristal meth transforme souvent les gens en bêtes sexuelles, soutient Kevin Koffler, un ex-consommateur, dans un témoignage troublant publié par le magazine américain Poz, qui traite des questions reliées au sida.

Une explosion

«Avoir une relation sexuelle sous l’effet du cristal est une expérience intense, intime et extrême, écrit-il. Tes fantasmes les plus fous se réalisent facilement. C’est comme une explosion d’endorphine au plus profond de toi-même.»

Pas étonnant donc que le cristal meth soit devenu l’une des principales causes de propagation du VIH chez les hommes gais, aux États-Unis. L’euphorie causée par la drogue fait oublier totalement les précautions les plus élémentaires, comme le port du condom. Une étude publiée en 2001 par le département de santé publique de San Francisco révélait que 43 % des hommes gais qui fréquentent le circuit des partys nocturnes consomment du cristal meth.

Comme de l’ecstasy «gonflé aux stéroïdes»

Le cristal de méthamphétamine, c’est un peu comme de l’ecstasy «gonflé aux stéroïdes».

On l’appelle cristal meth, tina, crank ou hydro. Peu importe le nom, c’est la forme de méthamphétamine la plus pure et la plus dangereuse qui soit.

Comme l’ecstasy (MDMA), le cristal meth agit directement sur le cerveau en stimulant la production naturelle de neurotransmetteurs. Mais attention: le cristal meth est plus pur, donc beaucoup plus puissant. Et comme on peut le fumer, son effet est presque immédiat.

«Pour moi, le cristal meth avait un effet beaucoup plus important que les autres méthamphétamines. Beaucoup plus fort que l’ecstasy. Mais c’était aussi un effet plus rapide», témoigne Will H., un ancien consommateur dépendant, aujourd’hui bénévole à San Francisco pour l’organisme CMA, un groupe d’entraide qui fonctionne un peu comme les Alcooliques anonymes.

Un cocktail inquiétant

Le cristal meth est souvent produit dans des laboratoires de cuisine. Quiconque voudrait jouer au chimiste peut trouver sans trop de problème la «recette» dans Internet. Un cocktail plutôt inquiétant, d’ailleurs: de l’éphédrine, un produit de pharmacologie assez courant, qui est ensuite cuit avec, notamment, de l’acide hydrochlorique, de l’acide à batterie (lithium), des insecticides ou des solvants industriels. La recette peut varier. On a vu du cristal coupé avec du Ritalin, du Prozac, des laxatifs, etc.

Résultat: un bloc solide ressemblant à de la glace et que l’on vend brisé en poudre cristalline. Pour environ 10 $, un consommateur peut obtenir une dose qu’il fumera ensuite dans une petite pipe et qui lui procurera des effets pendant huit ou neuf heures.

«Quand c’est bien fait, c’est plus pur (que les autres formes de méthamphétamines)», souligne Louis-Éric Trudeau, professeur de pharmacologie à l’Université de Montréal.

«L’ecstasy va davantage entraîner la libération d’un neurotransmetteur qui s’appelle la sérotonine, qu’on associe souvent à la sensation de bonheur, de bien-être», explique le professeur Trudeau.

«Ça ne prend pas grand-chose comme différence structurelle pour libérer davantage, par exemple, de dopamine, qui a un effet sur les sensations de plaisir. Effectivement, le cristal méthamphétamine agit plus sur la libération de dopamine dans le cerveau. Ça aiguise les sens. Ça donne un sentiment de plaisir prolongé.»

Des neurones «brûlés»

L’utilisation prolongée peut avoir des effets dangereux, soutient M. Trudeau. «Ça produit des molécules néfastes directement dans le cerveau, qui vont surexciter les extrémités des neurones. Ces terminaisons-là risquent d’arrêter de fonctionner. Et ça, c’est plus ou moins irréversible», prévient-il.
(Canoe.com) ajouté le 30-11-2003 sur Voxdei.org

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